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Le risque chimique n’est pas réservé aux grands sites industriels. Il s’infiltre partout : dans un atelier de maintenance, une salle de soins, une cuisine collective, un garage, un pressing… Et ce sont souvent les structures les plus petites qui y sont le moins préparées.
Dès qu’un produit chimique est utilisé, émis ou stocké, même en faible quantité, l’employeur est tenu d’en évaluer les dangers, de mettre en œuvre des mesures de prévention, et de protéger ses salariés (articles R.4412-1 et suivants du Code du travail).
Le problème ? Ce sujet, technique et sensible, est souvent perçu comme un casse-tête réglementaire. Comment s’y retrouver entre les FDS, les obligations de substitution, les seuils d’exposition, les équipements de protection, les plans de prévention, les contrôles et la traçabilité ?
Beaucoup d’entreprises veulent agir, mais ne savent pas par où commencer.
Alors, comment s'y prendre ? Comment mettre en place une prévention efficace, adaptée au terrain et à jour réglementairement ? On fait le point.
Comprendre et gérer le risque chimique, ce n’est pas seulement identifier les produits dangereux : c’est surtout agir pour protéger les salariés au quotidien.
L’évaluation consiste à recenser les produits chimiques présents dans l’entreprise, analyser les conditions d’exposition, déterminer les dangers (à l’aide des FDS, des pictogrammes, etc.), et à prioriser les situations à risque.
La gestion, elle, prend le relais : elle regroupe l’ensemble des mesures concrètes mises en œuvre pour limiter ou supprimer l’exposition, qu’il s’agisse d’actions techniques (substitution, ventilation…), organisationnelles (stockage, procédures, EPI…), ou humaines (formation, signalisation, plans d’urgence…).
L’objectif est triple :
Dans les faits, la gestion du risque chimique s’intègre pleinement à la stratégie globale de prévention des risques professionnels, et s’articule avec les autres démarches de l’entreprise (Document Unique, plan d’actions, suivi des incidents…).
Pour approfondir :
Réussir son évaluation du risque chimique en entreprise
Risque chimique et Code du travail : vos obligations légales
Quand on parle de gestion du risque chimique, la substitution reste la mesure de prévention n°1 prévue par la réglementation (article R.4412-9 du Code du travail). Elle consiste à supprimer ou remplacer un produit dangereux par un autre présentant moins de risques pour la santé et la sécurité des travailleurs.
L’employeur a l’obligation de rechercher la substitution dès lors qu’un produit est classé CMR (cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction). Cette mesure s’impose aussi lorsque des substances sont soumises à restriction ou à autorisation au titre du règlement REACH.
En 2022, l’Assurance Maladie a estimé que 75 % des cancers d’origine professionnelle reconnus étaient liés à une exposition chimique évitable, notamment à cause de substances CMR non substituées.
Pour évaluer la faisabilité de la substitution, des outils comme SEIRICH (INRS) proposent une méthodologie d’aide à la décision, en croisant données de danger, d’usage et de faisabilité technique.
Même si remplacer une substance dangereuse reste la priorité, il arrive qu’aucune alternative techniquement ou économiquement viable ne soit disponible. Dans ce cas, la réduction à la source devient un levier central pour limiter les risques.
Cela signifie agir sur l’intensité, la fréquence et la durée d’exposition des salariés :
La réduction à la source fait partie intégrante de la hiérarchie des mesures de prévention définie à l’article L.4121-2 du Code du travail. Elle doit être envisagée systématiquement lorsque la substitution n’est pas applicable.
Un stockage mal maîtrisé est un facteur de risque majeur : fuite, incendie, explosion, émanations toxiques… Une organisation rigoureuse permet de limiter l’exposition, d’éviter les accidents et de faciliter les interventions d’urgence.
Tous les produits chimiques ne doivent pas être entreposés côte à côte. Certains mélanges sont dangereux, voire explosifs, en cas de fuite ou de chaleur.
Il est impératif de séparer physiquement les familles incompatibles :
Le tableau ci-dessous vous aide à visualiser les grandes incompatibilités entre familles de dangers, selon la classification CLP.
Attention : ce tableau est un outil d’aide à la décision, basé sur les catégories de danger et non sur les produits eux-mêmes. La fiche de données de sécurité (FDS), notamment sa section 7 sur les conditions de stockage, reste votre référence principale pour organiser les installations de manière sûre et conforme.
| Pictogramme | Explosif | Inflammable | Comburant | Gaz sous pression | Corrosif | Toxique | CMR | Irritant | Environnement |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Explosif | ❌ | ❌ | ❌ | ❌ | ❌ | ❌ | ❌ | ✅ | ❌ |
| Inflammable | ❌ | ✅ | ❌ | ❌ | ❌ | ❌ | ❌ | ✅ | ❌ |
| Comburant | ❌ | ✅ | ✅ | ⚠️ | ❌ | ❌ | ❌ | ❌ | ❌ |
| Gaz sous pression | ❌ | ❌ | ⚠️ | ✅ | ❌ | ❌ | ❌ | ❌ | ❌ |
| Corrosif | ❌ | ❌ | ❌ | ❌ | ⚠️ | ⚠️ | ⚠️ | ✅ | ⚠️ |
| Toxique | ❌ | ❌ | ❌ | ❌ | ⚠️ | ✅ | ✅ | ✅ | ✅ |
| CMR | ❌ | ❌ | ❌ | ❌ | ⚠️ | ✅ | ✅ | ✅ | ✅ |
| Irritant | ✅ | ✅ | ❌ | ❌ | ✅ | ✅ | ✅ | ✅ | ✅ |
| Environnement | ❌ | ❌ | ❌ | ❌ | ⚠️ | ✅ | ✅ | ✅ | ✅ |
Le local de stockage joue un rôle central dans la prévention des risques chimiques. Ces exigences s’appuient sur les recommandations de l’INRS, du Ministère du Travail et de la CNAM. En cas d’accident, le non-respect de ces règles peut engager la responsabilité de l’employeur.
Voici les critères à respecter :
Il convient ici de limiter l’exposition résiduelle des salariés aux agents chimiques dangereux, lorsque la substitution ou la réduction à la source ne suffisent plus. Cela implique un aménagement adapté des postes de travail, l’utilisation d’équipements de protection individuelle appropriés, et une information claire, appuyée par des formations pratiques.
Chaque poste exposant à un agent chimique doit faire l’objet d’un aménagement réfléchi :
Si le risque ne peut être évité, l’employeur doit mettre à disposition des équipements de protection individuelle (EPI) adaptés à chaque danger :
Les EPI doivent être entretenus, remplacés si défectueux, et rangés dans des lieux propres et identifiés. L’employeur est responsable de leur conformité et de leur mise à disposition gratuite (Code du travail art. R.4321-4).
Obligatoire dès qu’un salarié est exposé à un agent chimique dangereux (art. R.4412-39 du Code du travail), la notice de poste synthétise les points essentiels :
Elle complète les FDS et doit être remise au salarié avant toute exposition.
La prévention ne fonctionne que si les salariés en comprennent les enjeux. La formation à la sécurité est donc un pilier incontournable :
La gestion du risque chimique repose autant sur l’action que sur la traçabilité. Pour assurer un suivi rigoureux, sécuriser les pratiques et répondre aux obligations réglementaires, la documentation doit être claire, à jour et facilement accessible.
Chaque produit chimique présent sur le site doit faire l’objet d’un recensement. Cet inventaire doit mentionner :
Il est indissociable des fiches de données de sécurité (FDS), qui doivent être disponibles, datées de moins de 10 ans, et consultables par les salariés.
Le plan de stockage des produits chimiques doit être clairement affiché dans les zones concernées. Il permet aux équipes, et aux secours en cas d’urgence, d’identifier rapidement les types de produits présents, leur volume, leur compatibilité, et leur emplacement.
Ce plan doit être mis à jour à chaque évolution (nouveau produit, changement d’emplacement, retrait de stock…).
Tous les éléments liés au risque chimique doivent être intégrés au Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP). Ce document doit être mis à jour a minima une fois par an, ou en cas de modification significative des conditions de travail ou d’apparition de nouveaux produits.
D’autres documents doivent également être tenus à jour :
Même avec des mesures de prévention robustes, le risque zéro n’existe pas. Fuite de gaz, projection de produit corrosif, incendie dans un local de stockage… Pour limiter les conséquences humaines, matérielles et environnementales, chaque entreprise doit se préparer à réagir vite et efficacement.
En fonction des dangers recensés, des procédures spécifiques doivent être formalisées pour gérer :
Ces procédures doivent préciser les étapes à suivre, les équipements à utiliser (douche oculaire, extincteurs, etc.), et les personnes à alerter.
Un plan d’évacuation doit être établi, affiché et intégré au Document Unique. Il précise :
La coordination avec les services de secours (pompiers, SAMU, centre antipoison) doit être anticipée, notamment pour les sites classés Seveso ou ceux manipulant des produits CMR.
Les consignes doivent être visibles dans chaque zone à risque, avec des pictogrammes clairs. Un affichage standardisé doit mentionner :
Des exercices d’alerte et d’évacuation doivent être organisés au moins une fois par an (article R.4227-39 du Code du travail), et à chaque modification majeure (nouveaux produits, nouveaux locaux…).
La gestion du risque chimique suppose une réelle appropriation par les personnes concernées. Former, informer et responsabiliser les équipes est indispensable pour assurer la sécurité au quotidien.
Identifier un salarié « personne ressource » sur le risque chimique permet de :
Les salariés exposés aux produits chimiques doivent bénéficier :
Formations recommandées en fonction des profils et des niveaux d'exposition
Initiation au risque chimique pour les nouveaux arrivants
Formation spécifique pour les utilisateurs de substances CMR ou sensibilisation à la lecture des FDS
Habilitations Risque chimique N1/N2 selon le niveau d’exposition et la fonction (salariés, prestataires, encadrants…)
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